Il y a des moments dans l’histoire où une société doit regarder la réalité en face, même lorsque cette réalité est profondément dérangeante.
Les événements de ces derniers jours aux États-Unis devraient suffire à provoquer ce sursaut de lucidité.
À l’Old Dominion University, en Virginie, un homme a ouvert le feu sur un campus universitaire en criant « Allahu Akbar ». Plusieurs personnes ont été blessées ou tuées. L’assaillant n’était pas un inconnu : il avait déjà attiré l’attention du FBI pour des sympathies envers des organisations terroristes. Ce ne sont pas les forces de l’ordre qui ont mis fin à l’attaque, mais des étudiants – membres du programme militaire universitaire ROTC – qui l’ont physiquement maîtrisé.
Le même jour, une synagogue du Michigan était visée par une autre attaque terroriste.
Deux attaques, deux cibles, un même climat idéologique.
Et pourtant, dans une partie du débat médiatique aux États-Unis comme en France, le réflexe reste le même : détourner la question centrale. On accuse la politique américaine, on évoque des tensions politiques internes, certains vont même jusqu’à insinuer que les victimes auraient une part de responsabilité.
C’est un mécanisme bien connu : lorsqu’une idéologie violente frappe, on évite soigneusement de la nommer.
Mais le problème ne date pas d’hier.
La confrontation avec les islamistes révolutionnaires n’a pas commencé avec les opérations militaires actuelles des Étaut-Unis et d’Israël, ni avec l’administration Trump, ni même avec les attentats du 11 septembre 2001.
Elle remonte à 1979.
Cette année-là, la révolution islamique en Iran renverse le Shah et installe un régime théocratique militant. Quelques mois plus tard, l’ambassade américaine à Téhéran est prise d’assaut et cinquante-deux diplomates sont retenus en otage pendant 444 jours.
Dans les rues de Téhéran, un slogan devient le symbole de ce nouveau régime : « Death to America », « Mort aux États-Unis ».
Depuis près d’un demi-siècle, ce régime et les réseaux qui gravitent autour de lui – Hezbollah, milices chiites, Hamas et tous les autres groupes armés soutenus dans toute la région – ont constitué l’un des principaux moteurs du terrorisme international.
Et pourtant, pendant des décennies, l’Occident a oscillé entre négociation, sanctions limitées et espoir d’une évolution modérée.
Pour comprendre ce qui s’est produit, imaginons une personne qui a la cancer.
Au début, les symptômes sont faibles. Elle préfère croire qu’il ne s’agit que d’un problème passager. Elle explique qu’il ne faut pas dramatiser, qu’un traitement radical serait excessif.
Pendant ce temps, la maladie progresse.
Lorsque cette personne décide enfin de regarder la réalité en face, la maladie s’est déjà propagée.
C’est exactement ce qui s’est produit avec les islamistes. Ce qui était autrefois un phénomène régional s’est transformé en réseau global : organisations armées, propagande, financement clandestin, radicalisation de certains milieux militants ou universitaires.
Aujourd’hui, la situation a changé de nature.
Nous ne sommes plus dans la phase du diagnostic. Nous sommes dans celle du traitement.
Et ce traitement est brutal.
Une guerre contre des réseaux idéologiques et militaires enracinés depuis des décennies ne peut pas être propre ni confortable. Elle produit des réactions violentes : attaques terroristes, tensions économiques, divisions politiques, campagnes de désinformation.
Dans la métaphore médicale, c’est la chimiothérapie.
La chimiothérapie est violente. Elle affaiblit le corps. Pendant un temps, le patient peut se sentir plus mal qu’avant.
Mais refuser le traitement n’est pas une option.
Refuser le traitement signifie simplement laisser la maladie progresser.
On peut discuter longtemps des erreurs commises dans le passé. On peut débattre des occasions manquées : la réponse insuffisante à certains attentats, les illusions diplomatiques répétées, la croyance que le temps finirait par apaiser une idéologie qui, au contraire, se nourrit du conflit.
Mais ces débats appartiennent désormais au passé.
Aujourd’hui, les choix faciles n’existent plus.
Arrêter la confrontation maintenant reviendrait à refermer la plaie sans avoir retiré la maladie. Cela garantirait presque certainement une reprise du cycle de violence – peut-être plus grave encore.
Continuer la lutte comporte des risques réels, des coûts humains et politiques considérables.
Mais c’est aussi la seule possibilité d’empêcher que ces réseaux idéologiques et militaires continuent à se renforcer.
C’est la question que les sociétés occidentales doivent se poser.
Lorsque la chirurgie a commencé, lorsque le scalpel est déjà entré dans la plaie, faut-il ordonner au chirurgien de refermer immédiatement ?
Ou faut-il accepter la dureté du moment pour tenter de sauver le patient ?
L’histoire montre que les civilisations ne disparaissent pas toujours sous les coups de leurs ennemis.
Elles disparaissent souvent parce qu’elles refusent de reconnaître à temps la nature du danger auquel elles sont confrontées.

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